Introduction
Cet entretien croisé s’intéresse aux dispositifs de prêt d’objets en bibliothèque. Mme Sandrine Lorans nous fera part de son retour d’expérience concernant l’offre de prêt d’objets développée au sein d’une bibliothèque universitaire. Mme Fabienne Alustira, quant à elle, nous présentera un dispositif similaire mis en place au sein d’une médiathèque.
L’objectif de cet entretien croisé est à la fois de présenter les dispositifs mis en œuvre, mais aussi de comprendre les enjeux info-documentaires qu’ils soulèvent.
Cet entretien est également accessible au format PDF ici.
Sandrine Lorans
Bibliothécaire territoriale, elle a d’abord exercé en lecture publique à la médiathèque de Rennes, puis à la Bibliothèque départementale d’Ille-et-Vilaine, où elle a principalement participé à l’organisation d’animations culturelles à l’échelle départementale, en lien avec les bibliothèques du réseau et les acteurs du territoire. Elle est aujourd’hui responsable d’une des bibliothèques universitaires de Nantes, à La Roche-sur-Yon. Elle y conjugue missions bibliothéconomiques, gestion d’équipe et management de projets, en développant et en testant divers dispositifs et partenariats (BOBUN, BarBU, grainothèque, apéro chercheur…) afin de faire de la bibliothèque un espace vivant, collaboratif et ouvert sur son environnement.
Fabienne Alustira
Bibliothécaire depuis 18 ans, elle a commencé sa carrière à la bibliothèque Les Champs Libres à Rennes. Depuis toujours attentive aux évolutions des pratiques culturelles des usagers, elle est aujourd’hui responsable du prêt d’objets à la médiathèque Les 7 Lieux à Bayeux. Elle donne également des formations sur le prêt d’objets en bibliothèque dans le but d’échanger sur cette pratique encore novatrice.
L’entretien avec Sandrine Lorans et Fabienne Alustira
Pouvez-vous présenter brièvement votre établissement, votre fonction ainsi que votre rôle dans le dispositif de prêt d’objets ?
Sandrine Lorans
Je suis responsable de la bibliothèque universitaire de La Roche-sur-Yon, l’une des bibliothèques de Nantes Université.
Nantes Université est un établissement public expérimental pluridisciplinaire constitué de 4 pôles disciplinaires, 2 instituts, 3 établissements composantes (écoles) et 3 établissements partenaires (CHU, Inserm, IRT). Elle forme 43 000 étudiants et regroupe 3 250 enseignants et enseignants-chercheurs et 4 600 BIATSS. Réparti sur 7 campus, son SCD (Service commun de la documentation) comprend 10 BU, 14 bibliothèques associées et 4 partenaires, et compte 153 agents. Il connaît une forte activité : 12 800 lecteurs emprunteurs, 18 5600 prêts et 1022 400 entrées.
Le campus sur lequel j’exerce est un site délocalisé, situé à environ 60 km au sud de Nantes, qui accueille des formations pluridisciplinaires et près de 2 300 étudiants. La bibliothèque universitaire dont j’ai la responsabilité est de taille moyenne, solidement intégrée à la vie du campus, et fonctionne en étroite collaboration avec les différents acteurs et services du territoire. Avec mon équipe, nous avons conçu, structuré, déployé et expérimenté BOBUN (Bibliothèque d’objets des bibliothèques universitaires de Nantes), un service de prêt d’objets de la vie quotidienne.
Aujourd’hui, différentes bibliothèques de Nantes Université ont ouvert ce service sur leurs sites respectifs.
Fabienne Alustira
Les 7 lieux est une médiathèque intercommunale qui dessert 36 communes (Bayeux Intercom = environ 30 000 habitants). Je suis bibliothécaire et responsable du service de prêt d’objets. Cela signifie que je porte une réflexion sur le type d’objets à acheter, je passe les commandes, je les mets à disposition des usagers. J’assure également l’entretien des objets via les fournisseurs et la médiation envers le public. Je suis seule à gérer les objets.
Dans quel contexte et avec quels objectifs ce projet a-t-il été lancé ?
Sandrine Lorans
Le campus de La Roche-sur-Yon est un campus universitaire engagé, durable et citoyen. Dès 2015, La Roche-sur-Yon Agglomération et Nantes Université ont fait de l’amélioration des conditions de vie sur le campus une priorité commune, donnant naissance au dispositif « Campus vert ».
Ce programme poursuit plusieurs objectifs :
- Promouvoir des innovations et des expérimentations en faveur de la préservation de la biodiversité ;
- Développer des actions de lutte contre le gaspillage ;
- Renforcer les initiatives solidaires ;
- Améliorer la qualité de vie étudiante et contribuer à limiter la précarité.
De nombreuses actions concrètes ont ainsi été déployées sur le campus : potager partagé, mare pédagogique, épicerie solidaire, mobilier extérieur conçu à partir de matériaux de récupération, armoires à dons, composteurs, etc.
La bibliothèque universitaire s’est pleinement inscrite dans cette dynamique à travers plusieurs initiatives :
- La création d’une grainothèque en janvier 2022, service libre et gratuit d’échange de graines ouvert à l’ensemble de la communauté universitaire ;
- L’organisation, depuis 2019, d’ateliers de réparation informatique (Repair Café), ateliers collaboratifs au cours desquels une équipe de bénévoles répare les équipements avec les étudiants ;
- L’accueil d’ateliers zéro déchet (DIY) consacrés à la fabrication de produits du quotidien (shampooing, lessive, déodorant, etc.) ;
- Et le développement du service BOBUN (janvier 2022).
BOBUN est ainsi devenu un service emblématique des bibliothèques de Nantes Université, fondé sur des valeurs de partage, de solidarité et de lutte contre le gaspillage. Gratuit, il permet à l’ensemble des publics d’emprunter des objets de la vie quotidienne qu’ils ne peuvent pas nécessairement acheter ou stocker, contribuant ainsi à soutenir les usagers les plus fragiles.
Aujourd’hui, BOBUN est sorti de sa phase d’expérimentation et se déploie progressivement dans les autres bibliothèques de Nantes Université. C’est un service phare fortement soutenu et accompagné par la direction du SCD (Service commun de la documentation) et par la présidence de l’université.
Plus largement, le déploiement d’un service tel que BOBUN au sein d’une bibliothèque universitaire peut, de prime abord, paraître incongru, voire être perçu comme un épiphénomène lié à un contexte particulier. Pourtant, il répond parfaitement, selon moi, à une des missions fondamentales des bibliothèques universitaires : l’accompagnement de la réussite étudiante. Le rôle social de la BU est indéniable.
En développant des collections documentaires diversifiées, en proposant des espaces de travail accessibles, chauffés, lumineux et accueillants, et en ouvrant largement leurs portes et leurs services, les bibliothèques universitaires assument déjà cette fonction sociale.
La BU est ainsi bien plus qu’un simple lieu documentaire : c’est un lieu de vie, un espace d’accueil, un centre de ressources documentaires, mais surtout un lieu de ressources au sens large, au service de l’ensemble de la communauté universitaire.
Fabienne Alustira
Le prêt d’objet s’est inscrit dans l’ouverture des 7 lieux en février 2019, dans un nouveau projet d’établissement.
Les objectifs étaient divers :
- Valoriser les pratiques amateurs en commençant avec uniquement des instruments en prêt en 2019. Répondre au fait que les usagers empruntent moins de CD au profit des plateformes de streaming. Valoriser la musique en médiathèque mais autrement.
- Compléter nos collections en proposant l’objet dont on peut avoir besoin (platine vinyle pour pouvoir écouter un de nos vinyles en prêt, machine à coudre pour pouvoir réaliser les patrons que l’on trouve dans nos manuels de couture, etc.).
- Économique et social : réduire la fracture sociale en proposant des objets parfois coûteux.
- Écologique : mutualiser un objet dont on a besoin ponctuellement.
- Tester avant d’acheter. Le prêt d’objet peut déboucher sur un achat ensuite dans un magasin ou sur le marché de l’occasion, mais cela devient un achat raisonné.
- Valoriser notre territoire (sac à dos d’ornithologie).
Le budget alloué à la constitution de la collection d’objets était de 19 000 euros. La médiathèque a bénéficié d’une subvention de la DRAC à hauteur de 40% environ
Y avait-il au départ une forte demande des usagers pour ce type de service ?
Sandrine Lorans
Non, mais il faut savoir que ce type de service était encore inexistant, ou très marginal, dans les bibliothèques universitaires. Celles-ci proposaient traditionnellement le prêt de petits équipements liés aux usages universitaires et pédagogiques (ordinateurs, vidéoprojecteurs, clés USB, etc.), mais rarement, voire jamais, le prêt d’objets relevant de la vie quotidienne.
Dans ce contexte, la communauté universitaire n’avait pas formulé de besoin explicite ni exprimé d’attente particulière quant à la mise en place d’un tel service au sein d’une bibliothèque universitaire.
Quatre ans après son ouverture au sein de la bibliothèque universitaire de La Roche-sur-Yon, ce service s’est pleinement inscrit dans les usages. Le prêt d’objets de la vie quotidienne y apparaît désormais comme une offre presque naturelle et évidente pour les étudiants comme pour les personnels.
Le succès de cette initiative s’est également confirmé par son déploiement progressif dans les autres bibliothèques universitaires de Nantes Université. Plus largement, ce type de service tend aujourd’hui à se développer et devient de plus en plus présent dans d’autres établissements du territoire.
Fabienne Alustira
Oui, le bouche-à-oreille se fait assez vite. L’ouverture des 7 lieux était attendue. Tous les services avaient été présentés en amont.
Quels types d’objets sont proposés aujourd’hui au prêt ? Sur quels critères avez-vous défini les périmètres de l’offre ?
Sandrine Lorans
Les collections proposées dans le cadre de BOBUN varient selon les sites et les bibliothèques de Nantes Université, afin de s’adapter aux contextes et aux spécificités de chaque campus. Elles couvrent aujourd’hui des domaines diversifiés : cuisine, loisirs, bricolage, sport, sérigraphie, matériel informatique, équipements pour les pratiques artistiques (audio, vidéo, photo), etc.
Lors de l’ouverture de BOBUN en 2022, le service a volontairement été lancé avec deux collections initiales : cuisine et bricolage. Ce choix, effectué de manière pragmatique et sans consultation préalable de la communauté universitaire, répondait à la volonté de proposer d’emblée une offre suffisamment étoffée, d’au moins une centaine d’objets, afin d’assurer la visibilité du service.
L’objectif était ensuite de permettre aux étudiants de s’approprier le dispositif et d’exprimer leurs besoins et attentes, afin de faire évoluer et enrichir les collections en adéquation avec leurs usages. Une part importante des collections actuelles est par ailleurs constituée à partir de dons, en cohérence avec les valeurs de partage et de lutte contre le gaspillage qui fondent le service.
Fabienne Alustira
Cette « nouvelle » offre poursuit un double objectif. Tout d’abord elle constitue un prolongement de l’offre documentaire « classique ». Puis, en lien avec le projet d’établissement, il s’agissait, comme évoqué précédemment, d’encourager le développement de nouvelles pratiques amateurs et de savoir-faire chez nos usagers.
La politique d’acquisition prend en compte d’autres critères de sélection également parmi lesquels :
- Des objets qui doivent être facilement transportables;
- Pour un besoin non daté ;
- Pour un besoin de courte durée ;
- En fonction des suggestions des chargés de collection et des usagers;
- Uniquement des équipements neufs (pas de dons par conséquent);
- La règle des 3 devis en vue de l’acquisition d’un objet.
Pour l’année 2025, le budget dédié était de 2000 euros (ligne investissement) et de 800 euros (ligne fonctionnement) permettant la prise en charge des réparations et l’achat de consommables.
L’ensemble de la collection d’objets est consultable sur le site de la médiathèque : https://www.les7lieux.fr/le-service-en-plus-des-7-lieux
Parmi les objets proposés, on peut trouver entre autres des instruments de musique, des consoles de jeux vidéos, des liseuses, des accessoires de cuisine.
Combien de prêts effectuez-vous en moyenne par mois ?
Sandrine Lorans
En raison d’un changement récent de SIGB, je n’ai malheureusement pas les données pour l’ensemble des BOBUN des différents sites nantais. En ce qui concerne la collection BOBUN de la BU de La Roche-sur-Yon, ce sont plus de 50 prêts mensuels.
Fabienne Alustira
- 2025 : 492 prêts pour 339 emprunteurs
- 2024 : 436 pour 270 emprunteurs
- 2023 : 396 prêts 256 emprunteurs
Comment les usagers perçoivent-ils ce service ?
Sandrine Lorans
L’accueil du service est très positif.
Les étudiants se réjouissent de pouvoir répondre à des besoins variés en un seul et même lieu, ainsi que de l’attention portée à leurs usages et à leurs attentes. Le service est perçu comme pratique et simple d’accès. Ils apprécient tout particulièrement d’être considérés comme des individus à part entière, engagés dans des études, et non uniquement sous le prisme de leur statut d’étudiant.
Les personnels, également bénéficiaires du service, soulignent de leur côté la dimension de partage des ressources, ainsi que le caractère solidaire et généreux du dispositif.
Fabienne Alustira
Les chiffres montrent qu’il y a de plus en plus d’emprunteurs chaque année.
Comment avez-vous référencé les objets dans votre catalogue documentaire ?
Sandrine Lorans
Le catalogue documentaire est commun à l’ensemble des bibliothèques de Nantes Université.
Dans ce cadre, huit notices spécifiques ont été créées pour le service BOBUN : vaisselle, outillage, loisirs, électronique, petit électroménager, équipement audiovisuel, ustensiles de cuisine et appareils électriques de cuisine.
Chaque notice est paramétrée avec des durées de prêt adaptées au type de matériel concerné. Pour chaque catégorie, des exemplaires sont ensuite créés pour chaque objet, avec un rattachement explicite à la bibliothèque de localisation, permettant une gestion fine et harmonisée du service à l’échelle du réseau.
https://nantilus.univ-nantes.fr/vufind/Search/Results?lookfor=bobun&type=AllFields
Fabienne Alustira
Les objets ont été référencés directement dans notre catalogue. Nous utilisons un logiciel SIGB, Orphée Nx, logiciel utilisé pour tous les documents de la médiathèque. Malheureusement, nous sommes en train de changer le site internet, cela perturbe l’affichage, les visuels des objets n’apparaissent pas toujours correctement.
Y-a-t-il des règles de prêt spécifiques (Durée du prêt, réservation, cautions, etc.) ?
Sandrine Lorans
Le prêt des objets s’effectue directement aux banques d’accueil des bibliothèques universitaires. Il est enregistré sur présentation de la carte de bibliothèque et après signature d’une convention de prêt. Les objets doivent être restitués dans la bibliothèque où le prêt a été effectué. Tout retard de restitution entraîne, dès le premier jour de dépassement, le blocage de l’ensemble des prêts. Les usagers peuvent emprunter autant d’objets qu’ils le souhaitent, tout au long de l’année, pour une durée de deux semaines ou de deux mois selon la nature des objets. Aucune réservation n’est possible.
Fabienne Alustira
Les conditions de prêt ont été formalisées de la manière suivante :
- Être abonné aux 7 Lieux (contribution volontaire libre ou gratuité au choix, pour tous, sauf pour les plus de 18 ans habitant hors de l’intercommunalité). Que ce soit pour les inscriptions ou réinscriptions, nous demandons une pièce d’identité et un justificatif de domicile de moins d’un an.
- Charte prêt/retour à signer par une personne majeure.
- Pas de caution.
- Prêt de 4 semaines, sans possibilité de prolongation.
- Un objet par carte.
- Une réservation possible.
- Prêt autorisé aux titulaires d’un compte professionnel.
Comment faites-vous face aux problématiques et contraintes matérielles, à savoir le vieillissement ou la maintenance par exemple ?
Sandrine Lorans
À chaque retour de matériel, un contrôle systématique est effectué afin de vérifier l’état général et la propreté des objets. L’emprunteur est également invité à signaler tout problème éventuellement rencontré lors de l’utilisation. En cas de matériel cassé ou dégradé, il est demandé à l’emprunteur de procéder à son remplacement par un équipement strictement identique, y compris d’occasion le cas échéant.
Par ailleurs, les équipements électriques font l’objet d’une maintenance annuelle, assurée par des personnels du service de maintenance de l’université disposant des habilitations électriques requises.
Fabienne Alustira
Pour le moment, notre collection d’objets n’est pas encore vieillissante. Nous essayons au maximum de nous fournir chez les commerçants de Bayeux, qui en assurent également l’entretien.
Avez-vous mis en place des actions de médiation spécifiques ?
Sandrine Lorans
Un espace de valorisation dédié a été aménagé, sous la forme d’un véritable « showroom », afin de mettre en avant les collections. Environ tous les deux mois, cet espace fait l’objet d’une mise en scène thématique : cuisine étudiante, atelier de bricolage, équipement de camping, etc.
Le prêt d’objets a par ailleurs suscité des demandes spécifiques de la part des usagers, notamment concernant le choix du matériel adapté pour réaliser une recette ou effectuer de petits travaux de bricolage. En réponse à ces besoins, des ateliers d’initiation aux bases du bricolage et des ateliers de cuisine ont été proposés.
Ces actions ont été menées en collaboration avec des acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire (ESS), renforçant ainsi l’ancrage territorial et partenarial du service
Fabienne Alustira
Oui, l’offre de prêt est accompagnée d’un certain nombre d’actions à destination de nos usagers :
- Une scène ouverte musicale pour valoriser nos instruments.
- Un atelier percussions avec le groupe local « Couleur Terre » pour valoriser nos djembés et notre cajón.
- Des ateliers couture pour valoriser nos machines à coudre.
- Des prêts de machines à coudre au SEROC, syndicat de traitement et de valorisation des déchets, pour leur festival « Le Café des Astucieux ».
- Des balades botaniques avec un guide botaniste pour valoriser les sacs à dos d’aventure.
- Animation d’un club lecture pour valoriser les liseuses.
Une médiation à destination des personnels est également à prévoir. Il faut en effet former et rassurer les bibliothécaires pour chaque objet acquis au sein de la collection.
Dix-sept bibliothécaires assurent le prêt et le retour des objets lors du service public. Chaque objet est différent, avec une liste d’accessoires et un vocabulaire propre à l’objet. Dès que je mets un objet en circulation, je forme mes collègues sur le vocabulaire et sur les points d’attention auxquels ils devront être vigilants au moment des prêts et des retours, dans le but de limiter les litiges. Le prêt d’objets est encore un service novateur en médiathèque. Comme tout changement, cela peut entraîner des craintes dans les habitudes de travail des agents. Mon rôle est aussi de faire en sorte que les procédures soient très claires afin de ne pas mettre en difficulté les collègues et de les rendre le plus autonomes possible.
Envisagez-vous de faire évoluer ce service dans les prochaines années ?
Sandrine Lorans
La priorité est de poursuivre le déploiement de BOBUN dans les BU des différents campus de Nantes Université. De nouvelles collections sont progressivement ouvertes et expérimentées, notamment dans les domaines de l’audiovisuel et du sport.
Un travail sur l’amélioration des notices descriptives dans le catalogue est aussi en cours afin de rendre le catalogue interrogeable par nom de l’objet.
Par ailleurs, l’objectif principal est de faire évoluer les collections afin qu’elles correspondent au plus près aux attentes et aux besoins des usagers. À l’image d’une collection documentaire, les objets peu ou pas empruntés sont régulièrement retirés au profit de nouveaux équipements mieux adaptés aux usages identifiés.
Pour ce qui concerne plus spécifiquement la BU de La Roche-sur-Yon, depuis peu, nous expérimentons le prêt de sérigraphies encadrées, sur le modèle d’une artothèque. Ces œuvres ont été réalisées par des étudiants dans le cadre de leurs formations. Cette initiative vise à valoriser, au sein de la BU, les productions issues des enseignements, tout en mettant en lumière le travail des étudiants et des équipes pédagogiques.
La bibliothèque accueillera également prochainement un nouveau meuble de valorisation destiné à présenter une photothèque composée de clichés réalisés au cours des trois dernières années dans le cadre d’un atelier photo ouvert à l’ensemble de la communauté universitaire et animé par un photographe professionnel.
Fabienne Alustira
2026 sera la dernière année où j’ajouterai de nouveaux objets dans la collection. Les objets achetés pour cette année ont pour objectif d’aider les personnes en situation de handicap (clavier adapté pour les personnes dys, lecteur de livres audio Victor Stratus, etc.).
Une collection doit rester à nombre d’exemplaires égal, il est temps d’arrêter d’accroître la collection. Plus il y a d’objets, plus il y a le quotidien de la maintenance à gérer.
Que pouvez-vous conseiller aux collègues qui souhaiteraient se lancer dans un projet similaire ?
Sandrine Lorans
Démarrer simplement et de manière pragmatique : Il n’est pas nécessaire de proposer une offre exhaustive dès le lancement. Mieux vaut débuter avec une ou deux collections ciblées, suffisamment visibles et cohérentes, plutôt que de se disperser.
Assumer une phase d’expérimentation : Un service de prêt d’objets se construit dans le temps. Il est important d’accepter que certains choix initiaux soient ajustés, voire remis en question. Tester, observer les usages, retirer les objets peu empruntés et en introduire de nouveaux est une démarche nécessaire.
S’appuyer sur les usages : Les usagers n’expriment pas toujours spontanément leurs besoins, notamment lorsqu’un service n’existe pas encore. Proposer une offre initiale permet de susciter des usages, des retours et des idées, qui guideront ensuite l’évolution des collections.
Intégrer le service aux outils et procédures existants : L’intégration du prêt d’objets dans le SIGB, avec des règles claires (durées de prêt, blocages en cas de retard, conventions), facilite la gestion quotidienne et sécurise le dispositif pour les équipes comme pour les usagers.
Travailler collectivement en interne : Associer l’ensemble de l’équipe dès la conception du service est essentiel : définition des règles, choix des objets, gestion des retours, médiation auprès des publics. Cela favorise l’appropriation du projet et sa pérennité.
Valoriser les collections et communiquer régulièrement : La mise en scène des objets, via un espace dédié ou des présentations thématiques, contribue fortement à la visibilité et à l’attractivité du service. Une communication régulière, même simple, est indispensable pour ancrer le prêt d’objets dans les usages.
Développer des partenariats : S’appuyer sur des partenaires locaux (acteurs de l’économie sociale et solidaire, services universitaires, associations, formations) permet d’enrichir le service, de mutualiser les compétences et de renforcer l’ancrage territorial de la BU.
Ne pas sous-estimer la simplicité : Des règles claires, peu de contraintes pour l’usager, une offre gratuite et accessible sont des facteurs clés de succès. Plus le service est simple, plus il sera utilisé.
Fabienne Alustira
Cela vaut vraiment le coup de se lancer. Mon quotidien me montre que le prêt d’objets répond aux besoins et aux préoccupations des usagers d’aujourd’hui (aspect économique et écologique). Cependant, il est important de créer une politique d’acquisition bien formalisée qui donne un cadre pour éviter d’acheter tout et n’importe quoi. Mon second conseil est de penser le projet dans sa globalité. Le budget ne doit pas prendre en compte seulement le prix des objets, mais aussi les housses de transport, le mobilier de stockage, l’entretien, le lieu, etc.
Un grand merci à vous deux pour ces échanges et ces éclairages sur le prêt d’objets en bibliothèque.